Zéro Déchet

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Ambassadrice

dimanche 13 août 2017

Emballé, c'est pesé? Tu parles, Charles...

Pour remplacer le film plastique alimentaire: la toile enduite!

En matière d'emballage des denrées alimentaires, quand on vise la réduction des déchets et qu'on chasse les objets en plastique de la cuisine, le film plastique alimentaire qui emballe vite fait un demi-citron ou couvre un bol sans couvercle est dur à supprimer: son usage est si facile, si rapide... Le volume et le poids du déchet sont si infimes... comme les pailles, les verres en plastique, les couverts en plastique, etc...

L'alternative existe: c'est la toile cirée, enduite. On en trouve des toutes prêtes dans les épiceries en vrac ou les magasins de produits bio. La pionnière en la matière est la Canadienne Toni Desrosiers, fondatrice en 2008 de Abeego (www.abeego.com). L'américaine Sarah Kaeck a lancé son entreprise Beeswrap (www.beeswrap.com) en 2012. Les toiles cirées à la cire d'abeille sont étanches, se lavent simplement à l'eau tiède et se réutilisent sans fin. La cire s'amollit avec la chaleur des mains, de sorte que la toile prend la forme que vous voulez simplement en posant les paumes dessus.

On peut utiliser ces wrap de diverses manières:
  • pour protéger un fruit coupé
  • pour emballer les sandwichs en randonnée ou à la récréation (coudre un bouton et une longue ficelle dans un coin pour pouvoir ficeler le paquet proprement)
  • pour étaler la pâte à gâteau
  • pour conserver la salade (confectionner un gros pochon enduit)
  • pour emballer des petits fruits, le fromage et tout ce qui tache et coule un peu
  • pour emballer la nourriture de rue (burritos, fallafels, kebabs...) 
  • pour remplacer les boîtes hermétiques quand on fait ses courses à l'improviste (et qu'on a oublié de prendre le kit Zéro déchet avec soi!): en garder deux-trois bien pliés en permanence dans son sac
D'autres ont pris la relève en Suisse depuis peu, des créatrices qui proposent leurs toiles enduites avec de bien plus jolis tissus fantaisies. Très intriguée, j'ai décidé de relever le défi: en fabriquer moi-même! A première vue, c'est simple: de la cire d'abeille, de l'huile, de la cotonnade...

Composition mystérieuse

Plusieurs vidéos "Do It Yourself" circulent sur youtube et internet. La plupart du temps, on y apprend qu'il suffit de saupoudrer de petits morceaux de cire d'abeille et d'asperger quelques gouttes d'huile de jojoba sur le tissu, de l'enfourner à four doux ou bien de le repasser au fer entre deux feuilles de papier "gras" de type boucherie. Attention: ce dernier procédé est à déconseiller totalement, au risque d'encrasser sévèrement la semelle du fer car il y a toujours un petit bout de cire qui dépasse (j'ai tenté, bien sûr!).


A bien y regarder, les toiles beeswrap (c) ou abeego (c) sont enduites d'un mélange mystérieux où on trouve de la "résine d'arbre" ou "végétale". Pour quelle raison? Selon les commentaires postés sur le blog de Heather qui donne sa recette de beeswrap (www.mommypotamus.com), l'ajout de résine d'arbre donne un "cling" particulier, un léger craquant et une rigidité intéressants. Le tissu enduit devient plus hermétique, plus doux, plus résistant aussi.

L'ingrédient mystérieux: de la résine. Oui, mais laquelle?

Reste à savoir de quelle résine il est question... De la résine d'arbre, ok, mais de quel arbre? Question posée à beeswrap. Qui m'a aimablement répondu le nom latin de l'arbre indonésien qui produit leur résine. Mais impossible à trouver chez nous. Mais ne donne pas de proportion, secret industriel oblige sans doute...

Heather, elle, utilise de la résine de pin. Tiens, tiens... Des souvenirs me montent à la tête...
Colophane pour archets de violonistes ou de violoncellistes ou de contrebassistes...


Comme j'ai été violoniste dans ma jeunesse, j'ai gardé en mémoire que la colophane que j'utilisais sur mon archet était de la résine de pin. J'ai donc tenté l'expérience avec de la colophane en poudre, achetée à prix d'or dans une droguerie suisse (alors qu'en France, c'est au moins 5 fois moins cher, refrain connu!). Le hic, c'est que la résine de pin ne fond pas à la même température que la cire d'abeille.

Mon premier essai avec la recette de Heather est un échec: le four n'était pas assez chaud. Mon wrap a gardé des pellicules de résine non fondues, qui s'en vont lamentablement en pliant le tissu. C'est fichu. Je n'ai pas envie d'en manger dans mes sandwichs!



Le second essai est repris du site néo-zélandais de Dana www.piwakawakavalley.com. Au lieu d'utiliser le four, elle fait faire fondre cire, résine et huile dans une casserole dédiée à ce bricolage (une vieille casserole, car c'est très dur à nettoyer après!) dont elle enduit le tissu au pinceau.

Le tissu est posé sur une plaque de four préchauffée à 110 degrés et protégée par du papier de cuisson afin de maintenir le mélange fluide le temps de la pose. La mixture doit presque bouillir pour fondre.

Et pourtant, mon deuxième wrap garde des traces de résine non fondue pas très glamour. Et toujours ces odeurs très prenantes...



C'est une meilleure méthode. Avec quelques gros hics...

La colophane a de le peine à fondre, elle fait un bloc brun longtemps. Fondue enfin, elle colore en brun mon mélange et du coup, mon wrap est devenu beigeasse. Mais comme il est fonctionnel, je le garde! Cette résine de pin n'est pas la bonne. En plus, elle dégage de sérieuses vapeurs odorantes... sûrement toxiques!

Attention au matériel utilisé: mon premier (vieux) pinceau aux poils synthétiques a fondu, tandis que la résine avait bien du mal à se mélanger à la cire. Il vaut mieux utiliser un pinceau aux poils en silicone.

Wraps réussis, mais couleur peu engageante: la résine de pin n'est pas la bonne!

Enfin, voici la formule magique du wrap idéal!

Le troisième essai, je l'ai fait avec de la résine Dammar, que l'on trouve au rayon beaux-arts des papeteries ou des magasins de peinture pour artistes. C'est celle que Dana préconise. Issue d'un arbuste de type Shorea Batavia d'Indonésie (oui, comme le beurre de sal, issu des fruits de Shorea robusta), elle a l'avantage d'être la plus claire de toutes les résines.


Cette résine se présente sous forme de gros blocs qui s'écrasent facilement au pilon dans un bol. Elle se transforme en poudre.


Elle fond aussi beaucoup mieux. Ci-dessus, on voit encore une masse au centre un peu blanche qui subsiste. En mélangeant avec le pinceau, elle disparaît rapidement. Le truc: ne pas être pressé et chauffer à feu très doux (4 sur 9) jusqu'à dissolution complète.

Le résultat? Y'a pas photo! C'est parfait! La cire reste bien blanche, jugez plutôt. Le wrap jaunasse est fait avec de la résine de pin. Les deux autres sont faits avec de la résine Dammar.


Les proportions sont très simples:
  • 80% de cire d'abeille
  • 20% de résine Dammar
  • 3 cc d'huile de jojoba (par 100 g de mélange)
Façon de faire ses propres wrap sans en mettre partout
  • Je découpe des coupons de tissu fantaisie de coton: 40x40 cm pour le grand saladier, 25x25 pour les bols normaux, 25x35 pour les sandwichs, 15x15 pour les fruits coupés...
  • Je préchauffe le four à 110 degrés, y place la grande plaque protégée de papier cuisson. 
  • Je fais fondre mon mélange dans une casserole à feu doux. 
  • Le moment venu, je sort la plaque, y pose un coupon de tissu, que j'enduis au pinceau. 
  • Je remets la plaque au four 5 minutes pour que ce que je viens d'étaler s'égalise et pour que la cire pénètre bien le tissu de part et d'autre.
  • A la sortie du four, je saisis avec les doigts les coins de mon wrap et le laisse refroidir en secouant légèrement dans l'air. Cela suffit à solidifier la cire. 
  • Je dépose le wrap sur une surface froide pour complet refroidissement. Et c'est déjà fini!
  • Et si vous en avez sur les doigts ou ailleurs, il suffit d'enlever les taches avec un coupon de tissu et de la benzine rectifiée (que l'on achète en vrac en pharmacie ou en droguerie, un truc idéal pour faire partir la colle des étiquettes qui ne fond pas dans l'eau chaude!).
Alors... à vos ciseaux cranteurs!


Ma prochaine réalisation sera un gros pochon pour conserver une grande salade dans le bas du frigo. Car y'en a marre de ces sachets plastiques. Les seuls qui subsistent dans ma cuisine sont justement ceux du bas du frigo, pour les légumes. Les protéger du dessèchement et du flétrissement, c'est désormais possible de manière naturelle et sans déchets.

Vive le mode de vie Zéro Déchet, tout en couleurs!

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